Ici, les enfants sont à tout le monde! Dès qu’ils peuvent marcher, ils sont libres de se traîner où ils veulent, donc, de recevoir des leçons de la vie et des voisins sans problèmes. Souvent, les enfants se traînent devant chez-nous pour nous dire bonjour et bonsoir 20 fois d’affilée, nous regarder faire la lessive ou jouer au bowling avec moi, une balle et une dizaine de bidons de boissons vide! La partie se termine quand y’a trop d’enfants qui se bousculent pour lancer la balle!

Oussman et son moule!
Voilà notre 3e semaine d’activités qui s’achève avec les environ 14 garçon du centre d’écoute : “Action enfants de tous” de Caritas-Mali.
C’est un peu loin de chez-nous, à Quinzambougou, mais comme on a les boîtes de pick-up verts avec des toiles dessus qui passent pas trop loin de chez-nous (communément appelés bâchés), on s’y rend de bonne heure facilement! ça ne coûte que 125 FCFA (l’équivalent de 29 cennes et demie), on passe toujours par le grouillant marché, on rencontre plein de gens et c’est comme si c’était climatisé… à cause du vent! Les garçons ont entre 9 et 15 ans et ont tous fait la rue. Ils ont également fuit l’école coranique… ce sont des talibés! Je ne sais pas si j’ai déjà abordé cette réalité, mais s’il en est une qui me touche énormément, c’est bien celle là! En gros, les parents qui souvent n’arrivent pas à nourrir toutes les bouches, amènent leur enfant très jeune dans ces écoles de mosquées (qui pullulent littéralement depuis la vague d’islamisation de je ne sais plus qu’elle année). Ils apprennent à réciter le coran de façon mécanique (et en arabe!), partent ensuite avec des cannes de pâte de tomate PASTE format Costco pour chanter aux portes des maisons ou dans la rue aux arrêts des bâchés pour que les “fidèls” y déposent un maigre 25 FCFA …qu’ils doivent ramener au Marabout qui leur “enseigne!”…
Bon! Ce sont donc de petits mendiants qui ont perdu contact avec leur famille. Ils dorment là-bas et quand on est là, ils mangent! On leur paie 4 bols de riz 3 fois par semaine après 2 heures d’ateliers de théâtre où on fait surtout de petits jeux d’écoute, de communication, et surtout du jeu masqué! Ils adorent ça! Dès notre arrivée, ils se mettent souvent à chanter les noms des personnages joués la semaine d’avant: Arlechino! Brighella! El Capitan!… on a même réussit à leur faire jouer une fille! Ils rient; ils s’amusent et c’est bien ça le principal! Depuis deux semaines; ils bénificient également des ateliers de la cantine Pédagogique. Un intervenant vient le matin avec une valise pleine d’outiles scientifiques et ils apprennent comment s’en servir! Nous, on attaque vers 12hoo, après le déjeuner… ils ont moins de concentration et sont plus agités! Il est difficile pour nous de faire de la discipline en bambara et il faut parfois faire des acrobaties pour se faire comprendre… plusieurs accusent des retards de développement ou souffrent des dommages causés par la consommation de colle!
Cette semaine, nous avons terminé les masques qu’ils ont eux-mêmes fabriqués! Ils s’y sont aplliqués et on vraiment suivi les étapes cérémonieuses que nous avions mises en scène (!) et surtout: ils ont travaillé ensemble, en se faisant confiance! Lundi, nous avons entamé des ateliers de jeu corporel, travaillé un peu les émotions. Pas facile! Surtout la joe! Ils imitent l’image en crispant le visage… mais fâché, ça ils savent; ils mettent en scène de belles batailles!

Le public!Dans l'attente...
Nous faisons ces ateliers de connivence avec Adama puisque nous le suivons dans toutes ses activités! Ce qui me confronte un peu toutefois là-bas c’est qu’on ne sais pas trop où vont les subventions données par Caritas si même Adama doit mettre la main à la poche pour nourri les gamins quand il vient, lui aussi, bénévolement!
Nous aimerions aussi faire un peu de jeu clownesque avec eux… ils l’ont dans le sang! Ils sont bons, ils aiment ça et le travail qu’ils ont fait avec Adama depuis le début transparait dans leur rigueur et leur façon d’aborder nos jeux! ça fait du bien de voir que j’ai raison de croire en l’art dramatique et à ses vertus… et que je ne suis pas toute seule!

Photo de groupe "fâchée"...leur émotion préférée! (nous avons quand même fait la version "contente"!)
Nous songeons toutefois à mettre un terme à ces ateliers pour la prochaine semaine pour nous consacrer entièrement au travail de notre grande finale des spectacles du samedi (notre ami Djibril cherche désespérément une caméra pour pouvoir nous filmer: c’est notre photographe officiel et aussi notre plus g’rand fan! C’est le fils du psychiatre qui s’occupe du Centre de Santé où nous logeons)! Nous aurons déjà 8 sketchs à notre actif, réfléchissons à l’incorporation de nouveaux numéros clownesques avec des costumes de clown traditionnels d’ici! et travaillons à l’adaptation d’un mythe fondateur du kotéba! Adama est un bon guide et on apprend beaucoup en faisant! On cherche toujours l’image, le comique et il faut rechercher à fabriquer le bon accessoire et surtout trouver la complicité et la participation du public le plus possible!

Animation du début (l'appel); djembés et danse... on s'en vient pas pire!
Samedi dernier c’était vraiment formidable! Nous avons joué dans Hamdalaye, non loin de chez nous et il y avait vraiment foule! Le sketch qui a le mieux fonctionné est celui de l’excision! Les vieilles ont tellement rit qu’une est tombée en bas de sa chaise et une petite fille y a tellement cru à nos maladies infectueuses qu’elle a tâté le vagin de Laurence après la représentation pour vérifier si elle n’avait pas encore ce gros gant chirurgicale remplit d’eau avec lequel elle avait arrosé le public, se disant devenue fistuleuse! Les gens participent; comprennent et viennent nous voir, ravis de ce qu’ils ont vu! On se fait inviter aux mariages, féliciter dans la rue… on divertit; mais est-ce qu’on arrive vraiment à faire réfléchir?

Viens ici!...
Adama et sa troupe ont également joué un sketch, ce qui nous permet de mieux comprendre la forme du kotéba, les façons d’aller chercher le public et les mécanismes comiques, l’utilisation des chants, etc! Pour notre part, nous avons adapté un chant québécois que vous reconnaîtrai peut-être, avec lequel on entame maintenant nos spectacles (il y en a beaucoup d’autres que nous avons inventés en utilisant des airs aussi populaires que ceux de: Vive le vent, Dodo l’enfant do, La vie Chante la-la la la la et j’en passe… au plaisir de vous les chanter au retour!):
En voici un extrait:
“Mes chers amis j’vais vous raconter, une histoire de mensonge…
Je ne suis pas un grand sorcier, ni une belle marionnette
Mais laissez-moi aller, aller
ô laissez-moi aller jouer; Ayé bla n’gata n’gata, Ayé bla n’gata kouloungué”
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Bravo les filles, beau travail (en toute sincérité!)